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MAEKO

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Métier : Musicienne
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Sam 13 Oct - 22:13

C'est sous les délicats cerisiers de Kii que Maeko, dernière née des Iwasaki, a vu le jour. Une sereine journée de printemps s'est trouvée immortalisée par la naissance de cette petite fille, il y a maintenant vingt et une années de cela. Aujourd'hui une artiste accomplie, Maeko incarne les valeurs propres à son peuple. On l'entend souvent jouer de son luth et y prêter sa voix sous le porche de la maison familiale, parfaitement paisible. Dans le village, on la surnomme Muse pour ce qu'elle représente pour ses habitants ainsi que ses talents de musicienne.

La jeune femme ne se distingue que par une discrète banalité. Elle a cueilli parmi son héritage les traits typiques des Kiis, à débuter par une longue chevelure de jais qu'elle dompte souvent de tresses échevelés. Longs pinceaux luisants, ses mèches se rebellent plus souvent qu'autrement sans pour autant troubler leur propriétaire. La joueuse de luth a appris à apprécier sa crinière qu'elle s'approprie désormais. Son noir d'encre tranche brutalement contre une peau de lait et changeante, aux rougeurs faciles. Maeko possède un visage plutôt fin et de grands yeux gris bridés tirant vers l'azur. Certains la décriraient jolie mais sa personnalité mesurée efface parfois un certain éclat de ce visage qui gagnerait à prendre vie, ses expressions souvent figées d'un stoïcisme sympathique et ce malgré tous ses sourires.

Plutôt grande, elle s'élève à 1m72 pour un poids de 62 kilos. Une ossature élancée et plutôt carrée la définit. Elle possède de ces longs doigts pâles et habiles qui la rendent particulièrement adroite au niveau de sa dextérité fine. La jeune femme a aussi une poitrine un peu plus généreuse que la moyenne, un détail qu'elle tâche de dissimuler par pudeur sous ses grandes robes mêlant simplicité et élégance. Maeko préfère les teintes bleutées ou rose, les broderies sobres de fleurs ou autres représentations végétales, mais il lui arrive d'oser le rouge qui la fait rayonner sans l'ombre d'un doute. Malgré l'entraînement prodigué par son père au maniement des armes, la pauvre n'a qu'une habileté limitée en ce domaine. Elle tire néanmoins très bien à l'arc.

Ce qui illustre l'individualité de la musicienne se trouve dans sa démarche, de ses pas mesurés, lents et assurés. Il y a quelque chose dans sa manière de se déplacer qui inspire le respect, non pas par la force brute ou quelque promesse de pouvoir. Maeko se démarque par ce calme solide, cette présence paisible mais ferme. On la voit rarement se hâter. Elle préfère déambuler la tête haute, l'esprit ailleurs et pleine de délicatesse.

Maeko Iwasaki

Mettre un X entre les []
[] Le choix entre 3 Pokémon comme dans les jeux.
[] Un œuf de la Région pour être sûr que le Pokémon me plaira.
[] Rien ! J'suis un bonhomme, moi !
[x] Le choix pour voir... sinon je prendrais un œuf
L'oiseau en cage rêvera des nuages ~
Maeko se décrit en nuances. La jeune femme apparaît telle une présence rassurante, maternelle et attentionnée pour les membres de sa communauté pour lesquels elle se dédie quotidiennement. Toujours volontaire pour prêter de sa sincère générosité, elle semble incapable de refuser quelque requête qu'il soit. Néanmoins, un «non» de sa part sera définitif; elle ne s'ouvrira d'ailleurs pas toujours sur ses motivations. Autrement, la musicienne possède une patience inébranlable et une disponibilité envers les autres. Il n'est pas rare de la voir garder la marmaille des voisins, son caractéristique sourire doucereux aux lèvres. Au premier coup d'oeil, Mae apparaît sans méchancetés, sans passion peut-être aussi. Difficile pour l'autre de véritablement la connaître. Des années d'exercice lui ont permis de maîtriser une distance confortable avec l'autre, assez fine pour créer des liens durables avec les gens qui l'entourent mais assez épaisse pour la préserver de leur influence. Bonne ou mauvaise, Maeko ne parvient pas véritablement à se laisser changer par la pression des personnes qui l'entourent. Elle se montrera désinvolte si on s'intéresse de trop près aux traits de caractère sur lesquels elle devrait peut-être maturer et progresser. Malgré sa grande gentillesse, la Kii se méfie et appréhende constamment les actions des gens qui l'entourent de manière souvent inconsciente. Ce qui n'en demeure pas moins épuisant pour elle.

De cette méfiance émerge aussi de nombreuses réserves, réticences et idées infondées au sujet de ce qui échappe à son contrôle. Maeko se montrera encore plus distante avec les étrangers bien que toujours calme, polie et courtoise comme à son habitude. Elle a une forte tendance à juger, beaucoup trop promptement d'ailleurs, et à s'obstiner dans ses premières impressions. Elle trouve cette attitude plus aisée à manier plutôt que de risquer d'être blessée. Justement, Maeko se trouve souvent dans l'impasse émotionnelle. La colère lui est presque inaccessible. Du moins à sa forme brute et visible. Au lieu de cela, les offenses qui lui sont faites s'empilent au plus profond d'elle-même où elles pourrissent et gangrènent. La pile, depuis toutes ces années, ne fait que s'étendre. Un jour, assurément elle débordera. Mae craint cette part plus sombre de son personnage, se montre obstinée quant à éviter de confronter ses émotions négatives. Elle préfère poursuivre son chemin dans cet équilibre précaire qu'elle a construit pour elle-même. La musicienne oublie néanmoins que cette façon de ravaler toutes ses émotions aseptise aussi ses plus grandes joies qu'elle ne se permet de vivre qu'à demi-mesure.

Parfois, on se demande si elle n'a pas oublié. Elle fut toujours une enfant plutôt discrète, posée, polie et sociable. Mais il y a eu un temps de sa vie où elle s'autorisait encore à rire avec éclats plutôt que de calculer ses moindres gestes. Seule la musique parvient encore à l'animer et elle jette son dévolu dans son art grâce à sa grande créativité et sa sensibilité touchante. Voilà ce qui rend ses chants et ses musiques si vibrantes : elle y place un peu de ce qu'elle conserve précieusement pour elle. Peut-être est-ce justement qui lui a permis de garder la tête hors de l'eau toutes ces années, son seul échappatoire. Encore maintenant, elle conserve une nature curieuse et intéressée. Elle cherche la sagesse et la connaissance même si l'inconnu l'effraie un peu trop. Quelque part, la découverte l'appelle elle aussi.

Les mots que l'on n'a pas dit sont les fleurs du silence ~
|!| Attention |!| Cette fiche évoque des sujets sensibles tels que la dépression, le suicide ainsi que la violence psychologique/physique envers les enfants, je préfère le dire en trigger warning o/

CHAPITRE I

Nul ne sait vraiment ce qui a porté Aiko sur les routes. On se doute, connaissant son caractère, qu’elle s’est laissée gagner de l’étincelle de la découverte et que sitôt ses premiers pas hors du village qu’elle s’est laissé embraser toute entière. Peut-être était-ce l’oppression d’une routine recluse et probablement trop tranquille pour son tempérament impétueux. Peu importe ses motivations, la jeune femme a quitté, son luth à la main, pour découvrir le monde d’Aros à Scémède, jusqu’aux royaumes les plus étrangers de la région. Puis ses pas, tout naturellement, l’ont reconduite jusqu’à la maison où on ne l’espérait plus. Plus jamais elle ne posa pied hors du village perdu dans les montagnes. Plus jamais elle n’espéra d’autres horizons.

C’est là où tout a débuté pour qu’Akio a fait la connaissance plus intime d’un personnage lointain de son histoire, Yasuo. De plusieurs années son aîné, cet homme respecté du village n’avait jamais vraiment porté attention à elle jusqu’à leurs discussions animées lors d’un rassemblement de la communauté. Avide du monde lui aussi, il buvait chacune des histoires de la musicienne. Elle, elle se sentait comprise pour la première fois de sa vie, comme si elle l’avait espéré tous les jours jusqu’en ces quelques instants. Leur amitié se tissa au fil des semaines et des mois et n’évolua au-delà que plus tard encore. Yasuo et Akio avaient compris que, pour ces choses, il vaut mieux prendre son temps. Leur lien ne s’en trouva que plus solide.

Ils s’épousèrent et peu de temps mirent au monde un premier enfant, un garçon du nom de Shiro. Cet enfant tranquille, mais immensément curieux, combla les nouveaux parents pressés d’étendre leur famille. Néanmoins, plusieurs printemps s’écoulèrent sans apporter les bonnes nouvelles tant espérées. Si Yasuo s’était résigné, Akio s’acharnait à réaliser son désir d'avoir un autre enfant. Ce désir, elle n’en prit conscience que tardivement, la consumait progressivement. Sa passion et sa musique se ternissaient de ses désespoirs et ses frustrations, mais pire encore ce sentiment de culpabilité qui laissait son époux dubitatif et confus. Maladroit, l’homme ne savait pas toujours comment apaiser les peines de la jeune femme encore aussi imprévisible, aussi sauvage que lors de leurs premiers échanges à la fête du village. Il se reprenait donc, dans toute sa bonne volonté, dans l’éducation du parfait petit garçon.

Shiro semblait destiné à réussir, encouragé par un père affectueux et doux, mais aussi très exigent. Le petit développa, à l’instar des jeunes Kiis, sa maîtrise des armes mais aussi de l’écriture et de la musique. Il se destinait déjà à une vie de guerrier. Malgré toutes ses réussites, Shiro ne parvenait jamais à obtenir l’attention qu’il désirait de la part de sa mère trop occupée à projeter ses douleurs quotidiennes dans ce projet de grossesse qui ne se concrétisait pas. Lorsqu’elle tomba enceinte enfin, elle prit enfin conscience que cette nouvelle ne la comblait pas autant que ce à quoi elle pouvait s’attendre. Que la tristesse qu’elle ressentait, ce poids… qu’il venait d’ailleurs. Pour la première fois depuis plusieurs années, Akio s’ouvrit à sa famille. Pendant les mois qui suivirent, Yasuo et Shiro, alors âgé de presque dix ans, l’épaulèrent tandis qu’elle combattait ce mal silencieux qui l’affligeait.

La naissance du bébé ne tassa pas les choses, bien qu’on sentait chez Akio une certaine progression de ses humeurs. La fatigue de la nouvelle mère aggravait parfois son état. Yasuo se montra patient et prit la charge de sa petite fille, nommée Maeko, pour éviter d’épuiser d’autant plus sa femme. Cette dernière se sentait soutenue. C’est probablement cet espoir qui lui permit de remonter la pente. Un an après la naissance de la cadette de la famille, Akio se disait rétablie. Mais se rétablit-on réellement de ces choses? Shiro retrouvait enfin la mère dont il s’était langui toutes ces années. S’il jalousait énormément Maeko pour toute l’attention qu’elle pouvait recevoir, sa venue avait amené un grand soulagement dans sa vie. Il se surprit à l’aimer, ce poupon au rire facile qui traîna à sa suite sitôt il en fut capable. Plus le temps passait, plus il s’attachait. C’était un bon frère, patient et attentionné. Leur famille avait enfin trouvé un équilibre; même Yasuo et Akio se retrouvaient enfin après ce qui leur avait semblé des années d’éloignement. C’était un temps de calme, de bonheur.


«Maman?»

Akio sursaute. Elle a cru la petite fille endormie contre ses genoux, pourtant l’enfant l’interpelle d’une voix alourdie de sommeil. Avec douceur, la mère caresse son dos et ses cheveux, tirant un soupir d’aise à Maeko.

«Qu’est-ce qu’il y a, ma petite Coxy?»

«J’aimerais t’entendre chanter.»


La femme sourit. Elle aimerait se sentir moins épuisée, moins confuse. Heureusement, sa fille ne semble pas s’être aperçu des ténèbres qui la guettent. De toute manière, Akio ne sombrera pas encore. Elle sait maintenant, ou du moins le croit-elle.

«Bien sûr.»

La musicienne se met à chanter. Depuis toute petite, Maeko a toujours été particulièrement sensible à l’art, particulièrement à la musique. Elle manie le luth encore maladroitement, mais nul doute qu’elle saura un jour jouer de cet instrument avec la même aise que sa mère. La voix doucereuse et émotive d’Akio imprègne l’enfant dont le cœur enfle de chaleur, de bien-être. Rien ne lui apparaît plus doux ou plus rassurant que les chants de sa génitrice. Ces mêmes chants qui l’accompagneront longtemps, malgré les silences.

CHAPITRE II

On ne lui a pas dit comment. De toute manière, comment importe-t-il? Un jour, Akio n’est pas rentrée. Ce n’est pas l’horizon qui l’a appelée, pas la passion ou la musique. Mais le désespoir. Il y a bien des choses qui se sont tues ces nuits-là sans sommeil, le cœur douloureux et l’âme en peine. Maeko, du haut de ses huit ans, n’est pas parvenue à comprendre ce qu’on lui a dit. À cet âge, il n’existait pour elle que le lendemain, la routine de ses leçons, ces moments partagés en famille. Rien ne la préparait à tout perdre. Sous le choc du décès de sa mère, la gamine n’a pas pleuré. Depuis des mois déjà, on lui avait appris à ne plus réclamer Akio, de ne pas l’importuner car elle était fatiguée. Maeko n’était qu’une enfant mais elle a réalisé qu’on parlait différemment de la «maladie» de sa mère que de toutes celles qu’elle a pu connaître. Ce qu’elle a ressenti, surtout, c’est une énorme confusion. Tant de choses lui paraissaient acquises. Pour finalement s’effriter entre ses doigts.

C’est Yasuo, plutôt, qui a sombré. Incapable de faire face à la perte de sa tendre moitié, il n’a pas su préserver Maeko de sa peine dont il était affligé, pas su répondre à ses questions. À table, il y eu de nombreux lourds regards échangés. Pour le père, des larmes silencieuses. Pour Shiro une frustration profonde, depuis trop longtemps accumulée. Pour la petite fille, la confusion. Lentement, les éléments ont fait sens dans sa tête, même si elle a mis du temps à réaliser pourquoi on la regardait toujours avec malaise et tristesse dès qu’elle posait pied dehors. C’est Shiro qui a finalement brisé les non-dits, qui lui a expliqué. Cette nuit-là, Maeko a pleuré pour la première fois la mort de sa mère. Pourquoi? Pourquoi, a-t-elle murmuré entre deux sanglots. L’ombre qui a dévoré Akio, depuis, la terrifie. Elle se demandait si à force de pleurer, on peut subir ce même sort. Si l’esprit se contamine des émotions. Quelque chose en elle s’est brisé ce jour-là. Peut-être Yasuo avait-il raison au final. Peut-être n’était-elle simplement pas prête à apprendre le suicide de sa mère.

Le pire, ce fut toutes ces absences. Ces moments d’oublis, qui nécessairement mènent à la réalisation encore jeune que les choses ne changeraient pas. Parfois, Maeko pensait entendre sa voix, sa démarche dans la maison, le son de son luth. Elle-même ne fut pas en mesure de toucher l’instrument de longs mois durant, presque un an même, avant que la peine ne s’apaise. Parmi la famille, probablement que l’enfant s’en sortait le mieux. Son frère passait de plus en plus de temps à l’extérieur de la maison, incapable d’affronter la peine de son père en train de se perdre lui aussi. Maeko gardait le cap un peu pour eux aussi. Car elle avait peur de les perdre de la même manière. Peut-être n’avait-elle pas assez aimé maman? Il lui fallait couver les siens le plus possible. Elle se montrait parfaite, attachante, serviable. Mais elle ne riait plus vraiment. Après le départ de Shiro, ce fut pire. Le jeune homme avait décidé de soigner sa peine de la même manière que sa mère avant lui : par la découverte. Le monde l’appelait. Il n’a pas vu à quel point Maeko avait besoin de lui lorsqu'il est parti.

Devant sa solitude, l’enfant a trouvé réconfort dans la musique et dans l’aide qu’elle pouvait prodiguer à son père endeuillé. Si ce fut difficile au départ, la petite fille s’exerçait à son instrument et au chant aussi régulièrement que possible. Maeko ne voulait plus vivre dans le silence. Son père, entre-temps, combattait sa peine du mieux qu’il le pouvait. Il ne sortait de sa chambre que pour faire ses leçons à sa fille et pour les repas, mais bientôt il fut évident qu’il n’avait pas l’énergie. Désespéré, il fit appel à une préceptrice pour prendre en charge l’éducation de la gamine. Cette dernière accueilli la nouvelle avec une certaine satisfaction, pressée d’occuper son esprit à autre chose que l’inquiétude pour son père. Elle désenchanta bien vite en faisant la connaissance de madame Yamamoto.

Il y avait quelque chose chez cette femme de nerveux et colérique, quelque chose d’un peu meurtri. Maeko ne pouvait se l’imaginer lors de leurs premiers rapports. La dame s’adressait à elle avec politesse, avec gentillesse. Pourtant, sa vie auprès d’elle s’avérerait bientôt un enfer. Madame Yamamoto se montrait particulièrement difficile avec l’enfant ce qui n’alla pas la troubler. L’étaient aussi Shiro et Yasuo dans leurs enseignements après tout. Sauf que la préceptrice plaçait des attentes inatteignables en la pauvre enfant et justifiait tous les moyens pour qu’elle puisse y parvenir. La femme savait parfaitement quels mots placer pour blesser l’enfant, pour la pousser au-delà de ses limites. Parfois, Maeko se demandait ce qu’elle avait fait pour mériter la haine de cette femme, sauf que ce n’était pas si facile. Il y avait aussi ces moments où elle se montrait tendre, voire complice avec elle. Et Maeko avait besoin, vraiment besoin d’un ami.


«Tu n’as pas réussi. Je ne sais même pas pourquoi je me surprends.»

Maeko ne réagit plus à la voix dure de sa professeure. Elle se contente de baisser les yeux devant son travail appliqué, ses symboles parfaitement alignés. Son cœur bat à la chamade mais elle se force à ne rien laisser paraître de son trouble.

«En plus tu as tout gribouillé.»

«M-mais…»


La claque résonne à ses oreilles, le sang bat à ses tempes. Maeko lève des yeux fiévreux vers son assaillante, les cheveux formant un rideau opaque voilant son visage, le souffle court. Elle voudrait crier, pleurer. Exprimer un désarroi qu’elle réalise à peine ressentir. Quelque part elle sait. Elle a vécu autrement que dans cet abus avant. Sauf que madame Yamamoto parvient toujours à justifier.

«Tu vois ce que tu me fais faire? Tu sais ce que je pense des contradictions, Maeko. Regarde ce que tu fais à mes pauvres nerfs.»

Maeko se tait. Bientôt, là où régnait peine et confusion, une sensation l’envahit. Un soulagement. Depuis quelque temps, l’adolescente a maîtrisé ses réflexes, enfouissant le mal au plus profond d’elle, où elle s’imagine qu’ils ne pourront plus les faire souffrir.

«Pardon madame Yamomoto. Je vais recommencer.»

Cette fois, la préceptrice ne trouve rien à redire du comportement de sa protégée. Si seulement elle pouvait l’aider, cette triste enfant, à ne pas répéter les erreurs de ses parents, en la rendant plus forte. Si seulement la femme savait.

CHAPITRE III

Un lien étrange se forma entre la jeune fille et sa préceptrice. D’une certaine manière, elles s’aimaient. Mais madame Yamamoto ne se satisferait jamais d’elle. Ses enseignements en firent une jeune fille particulièrement accomplie et appliquée dans bien des domaines, mais seule la musique soulevait la passion chez elle. Sous les yeux de la préceptrice, Maeko devint une adolescente réservée mais agréable. Au fil du temps, la violence de la professeure s’assagit, mais celle-ci était toujours victime de ses paroles blessantes qui, accumulées, l’ont fragilisée énormément. Jamais l’enfant n’en parla à son père. Dans un sens, elle espérait que ses réussites éclipseraient la douleur de son père qui lentement se remettait de son deuil; mais aussi elle ne prenait pas totalement conscience de l’abus qu’elle pouvait vivre. Yasuo sortait de plus en plus souvent et reprenait ses activités, prit même place au Conseil des aînés pour soutenir le Général dans ses décisions. Au sein du village, on était ravis de le revoir de nouveau sur pied. Maeko aussi était soulagée.

Dans un sens, elle était heureuse. Elle traînait toujours un poids derrière elle mais considérait sa vie et ses aspirations avec espoir. Son quotidien se ponctuait d’entraînements au maniement des armes avec son père, ses leçons avec madame Yamamoto et les visites, occasionnelles, de son frère qui lui apportaient toujours autant de joie. Maeko osait de plus en plus sortir, se mêler à la vie du village après avoir été effrayée de le faire suite à la mort de sa mère. Elle constata qu’on ne la regardait plus comme une pauvre chose fragile désormais mais comme une part de la communauté. La jeune fille faisait tout en son pouvoir pour maintenir sa place en rendant régulièrement service aux gens du village pour préparer des repas, aider aux leçons des enfants, réparer les toitures ou autres rénovations dans la maison… Tout ce qui pouvait aider, tout ce qui pouvait la convaincre de son utilité. Suite au départ de madame Yamamoto, vers ses seize ans, Maeko occupa ses journées ainsi en majeure partie.

Puis il y avait la musique. Après toutes ces années de pratique méticuleuse, l’adolescente se distinguait par un grand talent. On lui demandait souvent d’égayer les soirées de ses musiques, de jouer pour telle ou telle personne. Maeko y prenait goût, de plus en plus. Si bien qu’un peu par défaut, elle en fit son métier. Maintenant à 21 ans, la jeune femme ne sait toujours pas ce que la vie lui réserve. Il lui semble avoir beaucoup et rien vécu tout à la fois. Quelque chose manque au portrait de sa vie, elle en a de plus en plus souvent l’impression.


«Tu veux que je sois honnête, Maeko?»

Maeko interrompt sa lecture pour lever les yeux vers son frère. La lueur chancelante d’une chandelle éclaire le visage serein de Shiro qui s’est penché en sa direction pour mieux scruter ses traits tandis qu’elle s’est plongée dans son livre. La jeune femme le pose près d’elle pour mieux observer son frère avec curiosité.

«Bien sûr, Shiro, tu peux tout me dire.»

Shiro se redresse, incertain. Il doute, parfois. Surtout lorsqu’il s’agit de sa cadette. Les craintes l’empêchent souvent de se jeter à l’assaut de sujets délicats avec elle. Il a peur de la voir se refermer s’il ose un peu trop.

«Tu n’as jamais… tu n’as jamais envisagé de sortir du village? De partager ta musique avec le monde?»

Maeko l’observe avec surprise. Son regard se perd dans la contemplation de ses pieds tandis qu’elle prend lentement conscience de ce qu’implique les paroles de son frère.

«Pourquoi voudrais-je quitter le village? C’est une idée ridicule.»

Shiro pince ses lèvres. Il prend place à côté de Maeko et prend doucement sa main pour lui inspirer confiance, pour éviter de la brusquer.

«Maeko je… Je peux sentir que tu n’es pas pleinement heureuse ici. J’aimerais te voir t’épanouir, et je ne sais pas si tu pourras y parvenir en restant auprès de notre père toute ta vie.»

«Tu parles comme s’il s’agissait d’un fardeau…»

«C’en est un, Maeko. Tu ne peux pas t’empêcher de vivre ta vie pour lui.»


La jeune femme se tait. Pendant quelques instants, Shiro pense l’avoir perdue, mais elle lève un regard sérieux et sincère vers lui.

«Je… Je vais y penser.»

C’est tout ce que Shiro pouvait espérer.




Un grelot zen offert par son père et dont elle se sert parfois pour décorer ses cheveux
Une Baie Oran dénichée dans le jardin
Une flûte argentée, offerte par sa mère dans son enfance, son tout premier instrument

Et toi dans tout ça ?
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